La VRT s’ouvre à l’islam

Jan DE TROYER, chroniqueur

Mis en ligne le 26/01/2011  lalibre.be

Sur les chaînes flamandes, seuls deux ou trois présentateurs sont d’origine étrangère.

Dans sa note politique sur les médias présentée au Parlement flamand, la ministre flamande des Médias, Ingrid Lieten, a demandé que la VRT reflète mieux la diversité de notre société à l’écran. Sur les chaînes flamandes, seuls deux ou trois présentateurs sont d’origine étrangère. La télévision publique devra dorénavant tenir compte de quotas minimaux de collaborateurs d’origine étrangère et diffuser, à partir de 2011, des émissions religieuses réalisées et présentées par les membres de la communauté musulmane.

Plus généralement, la VRT devra, à travers ses programmes, donner une image plus représentative de la réalité démographique flamande. Une analyse des intervenants à l’écran a démontré que la Flandre qu’on perçoit à travers les programmes de la VRT parle par la bouche d’hommes "blancs", appartenant à une catégorie professionnelle "supérieure", ne souffrant d’aucun handicap. Plus de 60 % des personnes interviewées à la VRT exercent une profession de cadre, scientifique, etc. Sur Canvas, la chaîne culturelle, la présence des hommes est de 73 % contre 27 % de femmes.

La direction de la VRT va donc suivre l’exemple de la BBC, en s’imposant des quotas pour offrir plus d’occasions aux femmes, aux allochtones, aux homosexuels et aux personnes handicapées de s’exprimer. Dans sa politique des ressources humaines, la VRT veillera à une plus grande diversité, en maintenant toutefois les critères de qualité et de compétences des journalistes et autres membres du personnel. La VRT recherchera la diversité dans l’achat de programmes étrangers ou réalisés par des maisons de production. Et dans le choix des invités pour les débats et les émissions de divertissement, l’équilibre entre les sexes, la présence d’homosexuels et de personnes d’origine étrangère seront renforcés.

L’innovation la plus remarquée concerne l’islam, qui aura droit, dès 2011, à ses propres émissions télévisées. Elles seront produites par une ASBL subventionnée par le gouvernement flamand. La "Moslim Televisie en Radio Omroep" (MTRO) participera dorénavant aux "émissions concédées", dont le principe est que la VRT met à la disposition des grandes familles philosophiques 50 heures de sa grille horaire. Une nouvelle répartition sera donc nécessaire entre la communauté musulmane et les émissions existantes, protestantes, catholiques, laïques, orthodoxes, judaïques et celles de la Ligue des familles.

Le Centre des cultures islamiques en Flandre espère par ses programmes "montrer aux Flamands que les musulmans flamands ne sont pas des talibans", a déclaré Meryem Kanmaz au nom du Centre. L’islam a été reconnu par la Flandre comme religion en 1974, mais vu le fonctionnement bancal de l’Exécutif des Musulmans de Belgique, trop longtemps dominé par l’Arabie Saoudite et handicapé par des dissensions communautaires (comme quoi Flamands et Wallons n’en ont pas l’apanage) et entre différentes nationalités, on a donc attendu près de 30 ans pour concrétiser cette reconnaissance à la VRT. Selon le porte-parole néerlandophone de l’Exécutif, Mohamed Achaibi, la communauté musulmane de Belgique veut illustrer par les émissions comment elle vit ses grandes fêtes. "Nous voulons montrer que l’Islam est vécu en Belgique d’une autre façon qu’en Egypte, en Turquie ou au Maroc. Les émissions religieuses étrangères qui sont regardées par satellite parlent d’une tout autre réalité que celle de la Flandre".

Les émissions diffusées par la VRT seront présentées par des imams néerlandophones, ce qui devrait inciter son public à apprendre la langue du Nord. Pour cela, il faudra tout d’abord gagner une audience. Les émissions concédées n’ont jamais connu un grand succès. Pour convaincre les musulmans flamands de regarder ces nouvelles émissions d’inspiration contemporaine flamande, il sera nécessaire d’offrir des programmes de qualité qui montrent une réalité proche de l’audience cible. Un beau défi à relever.