lepost.fr 19/02/2011 à 13h25
Après le fiasco de celui sur l'identité nationale, voilà donc un nouveau débat relancé sur l'Islam. Le précédent n'était déjà pas - loin s'en faut - la préoccupation première des français, le suivant me paraît, en outre, totalement inapproprié à toute l'actualité - et c'est un euphémisme.
Même si on voit bien l'intention de récupération de voix de l'extrême-droite comme fil conducteur de ce "nouveau" débat, une autre volonté de dresser les citoyens les uns contre les autres et l'agitation de peurs primaires, il n'en est pas moins vrai que le paysage mondial a pourtant totalement évolué, entre ces deux "débats".
La télévision nous a montré - et nous montre encore - ces peuples arabes, qu'ils soient musulmans ou pas, réclamer leurs droits élémentaires d'êtres humains à la liberté, avec un courage et une maturité exemplaires.
Ces révoltes ne se font pas au nom de l'Islam, et encore moins de l'intégrisme, mais au nom de l'universalité des droits humains. Les islamistes qui auraient voulu les récupérer ont été dûment baillonnés, en Tunisie, en Egypte ou ailleurs. Même s'il faut rester vigilant sur leur rôle ensuite, il convient de prendre en compte ces faits indiscutables.
Ces révoltes n'ont pas été anticipées par la France - et d'autres- parce que nous sommes figés dans des postures archaïques, et même pire, on a vu la pitoyable diplomatie française, d'abord se prélassant aux frais de la princesse égyptienne et tunisienne, de surcroît proposant son aide à réprimer !
Alors que ces peuples font sans conteste l'admiration, que leurs ressortissants immigrés en France sont dans la peine des terribles répressions encourues par leurs frères dans leurs pays d'origine, c'est donc le moment que "choisit" notre président pour relancer un débat sur l'Islam ?
Est-on aussi aveugle au sommet de notre état qu'on ne saisit même pas à quel point ce nouveau débat est contraire à tout ce qui se donne à voir dans ces pays ? On ne nous dit même pas que la première mesure en Tunisie a été l'abolition de la peine de mort, ce dont bien des "démocraties" pourraient s'inspirer...
Je ne conteste pas les problèmes d'intégration des immigrés, je dis seulement qu'on perd une occasion extraordinaire de les regarder autrement, de les soutenir, alors même qu'il me semble bien que c'est la première fois qu'ils réclament des droits pour eux-mêmes, sans en accuser les autres ou l'histoire, et en prenant eux-mêmes leurs destinées en main.
Ce débat sur l'Islam, aujourd'hui, n'est pas seulement une idiotie, c'est surtout une faute historique.